Raconter le DIG Festival 2025 à travers l'objectif : témoigner de la vérité

{bagallery}101{/bagallery}

Raconter le DIG Festival 2025 à travers l'objectif : témoigner de la vérité

Les vieilles pierres de Modène ont vu passer des siècles de débats, mais ces cinq jours de fin septembre avaient quelque chose de différent. La lumière avait cette qualité particulière qu'on ne trouve qu'en Émilie en automne—dorée, presque palpable—filtrant à travers l'architecture Renaissance tandis que la ville se transformait en quelque chose d'urgent et de nécessaire. Du 24 au 28 septembre, la onzième édition du DIG Festival a amené le journalisme d'investigation du monde entier dans ces rues historiques, et j'étais là avec mes appareils, à essayer de saisir ce qui se passe quand ceux qui disent la vérité se rassemblent.

Le théâtre du témoignage

Plus de cent événements en cinq jours. Rencontres, projections, expositions, ateliers—chacun un fragment d'une histoire plus vaste sur ce qu'il en coûte de documenter le réel quand le pouvoir préfère la fiction. Mon rôle était simple : observer, enregistrer, rester invisible. En traversant des salles de conférence bondées et des salles de projection silencieuses, j'ai photographié les visages de gens qui ont bâti une carrière sur le refus de détourner le regard.

La Chiesa di San Carlo est devenue la scène principale—des voûtes baroques qui résonnaient autrefois de prières et qui accueillaient désormais des enquêtes sur la surveillance, la persécution judiciaire et le musellement systématique des journalistes. Gaza revenait sans cesse. La projection de "24 Hours in Gaza", la discussion "Silencing Gaza: The War Against Journalists"—ce n'étaient pas des conversations abstraites. C'étaient des témoignages de gens qui y étaient allés, qui avaient filmé sous les bombes, qui avaient perdu des collègues.

Une voix qui a refusé de se taire

Si vous suivez l'actualité internationale, vous connaissez sans doute Francesca Albanese. Elle est rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens, et sa présence au DIG a déclenché exactement le type de polémique auquel on pouvait s'attendre. Certains ne voulaient pas d'elle. Les accusations ont fusé sur les réseaux sociaux. Mais Modène ? Modène est venue.

Samedi après-midi, au Teatro delle Passioni, la file s'étirait jusqu'au bout de la rue. À l'intérieur, toutes les places prises, des gens debout le long des murs, assis par terre. Albanese est intervenue aux côtés du documentariste Louis Theroux et d'autres sur "From the Economy of Occupation to the Economy of Genocide". Ses mots étaient précis, juridiques, appuyés sur des documents—mais ce qui m'a frappé dans le viseur, c'était leur poids. La salle semblait retenir son souffle pendant qu'elle lisait son rapport de juin, où elle décrit comment l'économie mondiale "non seulement tolère, mais soutient et tire profit de ce qui est devenu une économie du génocide".

Plus tard dans la soirée, au siège du DIG, elle a présenté son livre "Quando il mondo dorme" (Quand le monde dort). Un peu plus tôt, Piazza Grande, sous la Ghirlandina, j'avais vu la foule l'entourer avec ce qu'un journaliste a décrit comme une "obstinée proximité physique". Des mains tendues, des gens serrés contre elle, des yeux humides. Les siens aussi.

Depuis Modène, elle a appelé à autre chose que des gestes symboliques. Au-delà des publications Facebook et des hashtags. "Des campagnes de boycott", a-t-elle dit. "De la désobéissance civile. Un engagement réel." La séance de dédicaces qui a suivi est devenue quelque chose de beau et de chaotique—des files de gens, des livres ouverts, des mains tendues, et ce chœur qui montait : "Palestina libera, Palestina libera."

Photographier ces moments, c'était naviguer dans la foule, chercher des angles qui montrent à la fois son intensité et la soif du public pour quelqu'un qui refuse d'adoucir la vérité. La difficulté n'était pas technique—il fallait rester discret tout en documentant quelque chose qui semblait historiquement important.

D'autres voix, d'autres vérités

L'exposition "Occupied Territories" de Fabio Bucciarelli, au Palazzo dei Musei, m'a arrêté plus d'une fois. Il y a quelque chose dans l'image fixe—la façon dont elle vous oblige à rester avec des vérités inconfortables plus longtemps que ne le permet la vidéo. Je me suis retrouvé à photographier ses photographies, créant cette étrange deuxième couche de témoignage.

Le festival est entré en profondeur dans le journalisme environnemental. Des séances sur la représentation visuelle de la désertification, des projections de "Deserted: Europe's Deadly Migration Policy" reliant la catastrophe climatique à la violence des frontières. Dans les espaces intimes de la Fondazione San Carlo, les ateliers transformaient les participants en enquêteurs potentiels, transmettant une méthode comme des artisans transmettent un savoir-faire.

Le double tranchant de la technologie revenait sans cesse. La performance "TRAP_OS – The Surveillance Game" rendait le contrôle algorithmique viscéral. "In the Belly of AI" révélait le travail caché derrière l'intelligence artificielle. Et puis la discussion sur le scandale Paragon—des journalistes italiens espionnés avec un logiciel espion israélien—a rempli la salle bien au-delà de sa capacité. Tout le monde a compris : ce n'est pas seulement un problème italien. C'est à quoi ressemble la surveillance aujourd'hui.

Les séances sur la correspondance de guerre proposaient des stratégies de survie concrètes. Les projections documentaient le Myanmar, la Syrie, Haïti, le Tigray—des endroits où le journalisme signifie un danger physique réel. La leçon de Damir Šagolj sur la photographie du génocide affrontait des questions impossibles : comment documenter l'atrocité ? Comment respecter la dignité des victimes tout en fournissant la preuve de leur souffrance ?

"A Loneliness Too Silent" a peut-être été la discussion la plus discrètement dévastatrice—sur l'isolement des journalistes d'investigation face aux procédures SLAPP, à la pression économique, aux menaces. J'ai traversé ces séances en chroniqueur silencieux, saisissant les intervenants en plein geste, le public penché en avant, cette qualité particulière de l'attention quand des gens essaient de comprendre quelque chose qui compte.

La cérémonie des DIG Awards, samedi soir, était à la fois festive et sombre. Ce n'étaient pas des réussites confortables que l'on récompensait. C'étaient des enquêtes qui ont valu des menaces de mort, des documentaires tournés en danger permanent, des révélations qui ont entraîné des représailles judiciaires. Un travail qui coûte. Un travail nécessaire.

Modène : le cadre parfait

Il y a une raison pour laquelle le DIG revient à Modène. Le centre historique devient un campus parcourable à pied, où l'on croise les gens entre deux séances, où des journalistes internationaux partagent un espresso dans des cafés séculaires, comparant leurs notes sur les techniques de surveillance devant de minuscules tasses.

Au-delà des murs de la ville, la plaine émilienne s'étend vers les Apennins—de vastes terres agricoles qui nourrissent les hommes depuis des millénaires. Ça vous ancre. Ça rappelle que le journalisme sert en fin de compte des communautés humaines. Leurs ressources, leurs conflits, leur survie. La récolte d'automne visible dans les champs alentour, la lumière changeante sur les montagnes lointaines, jusqu'à la qualité de l'air—tout cela maintient les discussions abstraites reliées à une réalité physique.

Mes compagnons techniques

Il faut que je parle une minute du matériel, parce qu'il a compté plus que d'habitude ces jours-là.

Mon Fujifilm X-T5 est devenu un prolongement de mon regard. Ce capteur de 40 mégapixels a tout encaissé, des gestes discrets des intervenants aux vues larges des auditoriums, sans effort. Le boîtier tropicalisé m'a évité de penser aux conditions—galeries climatisées une heure, vieilles églises pleines d'atmosphère la suivante. Et cette stabilisation de 7 stops ? Elle a transformé la prise de vue dans des salles mal éclairées : du pari à la confiance.

Ce que j'aime dans cet appareil, c'est le contrôle tactile. Des molettes physiques pour l'ISO, la vitesse d'obturation, la correction d'exposition. Quand un intervenant est au milieu d'une déclaration passionnée et que la lumière fait quelque chose d'intéressant, je peux régler sans quitter le viseur, sans plonger dans les menus. C'est la différence entre attraper le moment et le rater.

Le X-T4 a servi de second boîtier et a apporté sa propre énergie—obturateur plus rapide, buffer plus généreux, parfait pour les tables rondes à plusieurs intervenants. Là où le X-T5 excelle en précision, le X-T4 apporte du dynamisme.

Côté optiques, le XF 50-140mm f/2.8 s'est révélé essentiel. Cette allonge au téléobjectif m'a permis de garder une distance respectueuse tout en restant visuellement connecté. Dans des lieux comme la Chiesa di San Carlo, avec des centaines de personnes et des intervenants loin des positions de prise de vue, cet objectif a comblé l'écart sans intrusion. Et cette ouverture constante à f/2.8 ? Une belle séparation du sujet, des arrière-plans doux, une netteté là où elle compte.

La stabilisation optique combinée à celle du boîtier a permis de photographier à main levée à des vitesses qui exigeraient un trépied—crucial quand il faut réduire au minimum le matériel visible pour ne pas casser la concentration.

Le XF 18-55mm f/2.8-4 s'est chargé du contexte. Je sais que certains le rangent parmi les simples "objectifs de kit", mais Fujifilm l'a bien fait. À 18mm il inclut au lieu d'isoler—parfait pour saisir la relation entre le spectateur et l'œuvre, entre le public et l'architecture. Pendant l'exposition Occupied Territories, j'ai pu documenter à la fois les photographies elles-mêmes et leur contexte spatial, la façon dont les gens circulaient dans l'espace.

Les simulations de film Fujifilm, surtout Classic Chrome, ont créé une cohérence visuelle entre les deux boîtiers malgré des capteurs différents. Ces profils colorimétriques viennent de décennies de fabrication réelle de pellicule—ils ne rendent pas seulement une couleur juste, ils rendent une couleur qui touche. La chaleur des éclairages de conférence, les tons froids des projections, les terres discrètes de Modène.

L'ensemble est resté gérable sur des journées de douze heures. Deux boîtiers, deux objectifs—un pour le contexte, un pour l'allonge—ne sont jamais devenus un fardeau. Juste un prolongement.

Et honnêtement ? C'est là qu'on sait que le matériel fonctionne : quand il disparaît. Quand les appareils répondent de façon si immédiate et si fiable que l'esprit peut se concentrer entièrement sur ce qui se joue, sur les gestes qui révèlent la vérité, sur les visages de ceux qui ont tout risqué pour documenter l'injustice.

Cinq jours à Modène m'ont rappelé pourquoi ce travail compte. Pas la photographie en particulier—même si j'espère que mes images servent la mission du festival. Mais le travail plus large de témoigner, de refuser les mensonges confortables, de documenter la vérité même quand la vérité est dangereuse.

#FrancescaAlbanese #LouisTheroux #FabioBucciarelli #DamirŠagolj #EdwyPlenel #MarcoD'Eramo #RobertoScarpinato #AnabelHernández #DuccioFacchini #AlbertoNerazzini #DonataColombo #IliaShumanov #ManishaGanguly #GabrielaManuli #ValerioBassan #PhilipDiSalvo #FrancescaCoin #StefanoFeltri #SilviaBoccardi #ValerioRenzi #ChristianRaimo #MarcoGrasso #DIGFestival2025 #DIGFestival #DIGAwards2025 #DIGModena #ModenaFestival #InvestigativeJournalism #GazaJournalism #PalestineReporting #EnvironmentalJournalism #ClimateDocumentation #WarCorrespondence #DigitalSurveillance #PressFreedOM #DocumentaryPhotography #Photojournalism #FujifilmXT5 #BehindTheLens #WitnessToTruth